MÉDECINE
FAUT-IL RÉINVENTER LA MÉDECINE LIBÉRALE ?

L'exercice libéral de la médecine est-il à ce point à bout de souffle comme de nombreux l'affirment ? Plusieurs de ses principes sont aujourd'hui remis en question, tels l'effectif de médecins en activité, sa répartition géographique et son renouvellement générationnel, avec en suspens la question de l'accès sélectif aux études de médecine.
Faut-il réinventer la médecine libérale, telle était la question posée par un colloque qui comptait dans ses organisateurs des membres de la mission Legmann. Organisé à l’université de Paris Dauphine le 3 février dernier par l’association DESSEIN que pilote Claude Le Pen, ce colloque résonnait comme en écho à lettre adressée deux jours plus tôt par le chef de l’Etat à Michel Legmann. On était ici, de toute évidence, dans le secret des dieux. Rien de bien surprenant puisque Claude Le Pen fait partie de cette mission officielle ainsi que Jean-Marc Aubert de la Caisse nationale d’assurance maladie ou encore Christian Saout, président du CISS, qui tous sont intervenus dans ce colloque. Donc il ne fallait pas s’attendre à ce que les débats sortent des clous et surtout qu’ils répondent à la question de départ.
L’idée ce n’est pas de réinventer la médecine libérale mais de faire que son exercice redevienne attractif. Et il y a du pain sur la planche. Sur dix jeunes docteur en médecine, un seul s’intalle en ville dans un cabinet libéral quand six choisissent de travailler comme salarié dans un établissement hospitalier. Comme l’a dit Bastien Balquet, président de l’intersyndicale des internes en médecine générale (ISNAR MG) « les jeunes n’ont pas forcément envie de devenir des entrepreneurs médicaux. Pourquoi investir dans un cabinet de ville quand l’hôpital nous offre qualité d’exercice professionnel et qualité de vie personnelle ? »
LES RAISONS DE LA SÉLECTION À L'ENTRÉE DES ÉTUDES DE MÉDECINE
La question de l'attractivité de l'exercice libéral de la médecine pour les jeunes renvoie également à celle du nombre d'étudiants pouvant accéder à cette profession. La Revue d’histoire de la protection sociale publie une étude dans son numéro de décembre 2009 sur les raisons idéologiques et économiques de la mise en place de la principale mesure qui a institué leur limitation.
En 1971 est créé un numerus clausus pour fixer un seuil d’admission des étudiants de médecine en deuxième année. Une partie du corps médical, avec à sa tête le Syndicat autonome des étudiants en médecine (SAEM), a réussi à convaincre le pouvoir politique de cette mesure, malgré une tension étudiante encore très forte quelques années seulement après Mai 68.
L'accès aux études de médecine a toujours été restrictif d'une manière ou d'une autre. Pendant longtemps, le coût et la durée de ces études réservaient, sans aucune mesure législative, cette profession aux enfants des plus fortunés. Le baby-boom et le début des Trente Glorieuses voient l’explosion du nombre d’étudiants en première année de médecine (+ 94% entre 1963 et 1968), et surtout l’ébranlement de la sélection économique de facto. Les revendications des étudiants de médecine en Mai 68 aboutiront à la suppression du concours d’externat en deuxième année, que seuls un tiers des étudiants obtenaient.
Le corps médical institué réagit immédiatement contre la démocratisation de la formation afin de préserver le prestige et la réputation de la corporation.
En chef de file, le SAEM entreprit dès 1969 une longue campagne afin d’éviter, selon ses termes, qu’une “armée de médecins aux pieds nus” en vienne à accepter “une étatisation de la médecine” (SAEM, Médecine, Enseignement Recherche : position et propositions, mai 1969). Ce syndicat militait pour réinstaurer un examen sélectif afin de limiter drastiquement le nombre d’étudiants en médecine en proposant de le réduire à 4000 par an, contre 15 000 alors inscrits en deuxième année en 1968.
Soutenue par l’Ordre des médecins et par une grande partie du corps médical, cette idée trouva immédiatement un écho auprès de la direction du Budget. Celle-ci craignait que l’augmentation du nombre d’étudiants en médecine ne vienne ruiner les comptes des caisses d’assurance maladie à long terme, en augmentant l’offre de soins.
Le pouvoir politique a donc été sensible à l’argument économique pour une limitation de l’accession aux études de médecine. Cette réforme universitaire était toutefois très sensible politiquement, et ne pouvait être mise en œuvre immédiatement après Mai 68. Le ministre de l’Education nationale a donc mis en place progressivement cette mesure de 1971 à 1977.
Afin d’éviter une levée de boucliers trop importante, la loi du 30 juin 1971 instaure une “limitation” du nombre d’étudiants inscrits dans les facultés de médecine, en se gardant bien d’employer les termes “sélection” ou “numerus clausus”.
Le seuil est calculé sur la base du nombre de places de stages en externat disponibles en quatrième année. Mais les autorités ont maintenu des quotas élevés d’admission et n’ont pas appliqué strictement la loi avant plusieurs années. Ainsi, de 1972 à 1978, le nombre d’étudiants en médecine
n’a pas diminué. Il a uniquement été stabilisé.
Ce n’est qu’à partir de 1977 que le seuil du numerus clausus a été vraiment abaissé pour ne produire des effets sur l’effectif du corps médical en activité qu’au milieu des années 80. Fixé à 8500 en 1978, il est tombé à 6000 en 1982, pour descendre jusqu’à 3500 en 1992.
On constate une réélévation depuis les années 2000. Il est actuellement de 7400.
Faut-il réinventer la médecine libérale, telle était la question posée par un colloque qui comptait dans ses organisateurs des membres de la mission Legmann. Organisé à l’université de Paris Dauphine le 3 février dernier par l’association DESSEIN que pilote Claude Le Pen, ce colloque résonnait comme en écho à lettre adressée deux jours plus tôt par le chef de l’Etat à Michel Legmann. On était ici, de toute évidence, dans le secret des dieux. Rien de bien surprenant puisque Claude Le Pen fait partie de cette mission officielle ainsi que Jean-Marc Aubert de la Caisse nationale d’assurance maladie ou encore Christian Saout, président du CISS, qui tous sont intervenus dans ce colloque. Donc il ne fallait pas s’attendre à ce que les débats sortent des clous et surtout qu’ils répondent à la question de départ.
L’idée ce n’est pas de réinventer la médecine libérale mais de faire que son exercice redevienne attractif. Et il y a du pain sur la planche. Sur dix jeunes docteur en médecine, un seul s’intalle en ville dans un cabinet libéral quand six choisissent de travailler comme salarié dans un établissement hospitalier. Comme l’a dit Bastien Balquet, président de l’intersyndicale des internes en médecine générale (ISNAR MG) « les jeunes n’ont pas forcément envie de devenir des entrepreneurs médicaux. Pourquoi investir dans un cabinet de ville quand l’hôpital nous offre qualité d’exercice professionnel et qualité de vie personnelle ? »
FIN DE L’EXERCICE ISOLÉ
Les jeunes vont-ils retrouver le chemin du libéralisme ? Peut-être, mais à la condition de favoriser l’exercice groupé et de rompre avec la foi monothéiste du paiement à l’acte. En revanche les jeunes veulent conserver des libertés attachées au statut de la médecine libérale comme la liberté d’installation. Ici, ils rejoignent leurs aînés de la CSMF. Cependant, cette confédération admet « que la médecine libérale menace de s’écrouler et qu’il faut donc la faire fortement évoluer dans trois directions». La CSMF souhaite une médecine libérale « regroupée, simplifiée et respectée. » Rompre avec la pratique isolée en médecine libérale de ville semble faire consensus. Le représentant du Conseil de l’ordre des médecins s’est dit favorable à un partage des compétences. « La réinvention de la médecine libérale, a-t-il dit, suppose un exercice regroupé pluridisciplinaire et pluriprofessionnel. » Ce à quoi la directrice de la DHOS, Annie Podeur , a répondu que les maisons de santé et les pôles santé seraient réservés à l’exercice libéral.LES RAISONS DE LA SÉLECTION À L'ENTRÉE DES ÉTUDES DE MÉDECINE
La question de l'attractivité de l'exercice libéral de la médecine pour les jeunes renvoie également à celle du nombre d'étudiants pouvant accéder à cette profession. La Revue d’histoire de la protection sociale publie une étude dans son numéro de décembre 2009 sur les raisons idéologiques et économiques de la mise en place de la principale mesure qui a institué leur limitation. En 1971 est créé un numerus clausus pour fixer un seuil d’admission des étudiants de médecine en deuxième année. Une partie du corps médical, avec à sa tête le Syndicat autonome des étudiants en médecine (SAEM), a réussi à convaincre le pouvoir politique de cette mesure, malgré une tension étudiante encore très forte quelques années seulement après Mai 68.
L'accès aux études de médecine a toujours été restrictif d'une manière ou d'une autre. Pendant longtemps, le coût et la durée de ces études réservaient, sans aucune mesure législative, cette profession aux enfants des plus fortunés. Le baby-boom et le début des Trente Glorieuses voient l’explosion du nombre d’étudiants en première année de médecine (+ 94% entre 1963 et 1968), et surtout l’ébranlement de la sélection économique de facto. Les revendications des étudiants de médecine en Mai 68 aboutiront à la suppression du concours d’externat en deuxième année, que seuls un tiers des étudiants obtenaient.
Le corps médical institué réagit immédiatement contre la démocratisation de la formation afin de préserver le prestige et la réputation de la corporation.
En chef de file, le SAEM entreprit dès 1969 une longue campagne afin d’éviter, selon ses termes, qu’une “armée de médecins aux pieds nus” en vienne à accepter “une étatisation de la médecine” (SAEM, Médecine, Enseignement Recherche : position et propositions, mai 1969). Ce syndicat militait pour réinstaurer un examen sélectif afin de limiter drastiquement le nombre d’étudiants en médecine en proposant de le réduire à 4000 par an, contre 15 000 alors inscrits en deuxième année en 1968.
Soutenue par l’Ordre des médecins et par une grande partie du corps médical, cette idée trouva immédiatement un écho auprès de la direction du Budget. Celle-ci craignait que l’augmentation du nombre d’étudiants en médecine ne vienne ruiner les comptes des caisses d’assurance maladie à long terme, en augmentant l’offre de soins.
Le pouvoir politique a donc été sensible à l’argument économique pour une limitation de l’accession aux études de médecine. Cette réforme universitaire était toutefois très sensible politiquement, et ne pouvait être mise en œuvre immédiatement après Mai 68. Le ministre de l’Education nationale a donc mis en place progressivement cette mesure de 1971 à 1977.
Afin d’éviter une levée de boucliers trop importante, la loi du 30 juin 1971 instaure une “limitation” du nombre d’étudiants inscrits dans les facultés de médecine, en se gardant bien d’employer les termes “sélection” ou “numerus clausus”.
Le seuil est calculé sur la base du nombre de places de stages en externat disponibles en quatrième année. Mais les autorités ont maintenu des quotas élevés d’admission et n’ont pas appliqué strictement la loi avant plusieurs années. Ainsi, de 1972 à 1978, le nombre d’étudiants en médecine
n’a pas diminué. Il a uniquement été stabilisé.
Ce n’est qu’à partir de 1977 que le seuil du numerus clausus a été vraiment abaissé pour ne produire des effets sur l’effectif du corps médical en activité qu’au milieu des années 80. Fixé à 8500 en 1978, il est tombé à 6000 en 1982, pour descendre jusqu’à 3500 en 1992.
On constate une réélévation depuis les années 2000. Il est actuellement de 7400.
